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Comment puis-je vous aider?

L’aube se lève à peine que la voiture monte déjà sur la voie rapide pour sortir de Nairobi. Les yeux ensommeillés de mes cousins n’ont pas attendu d’avoir quitté notre quartier pour retourner d’où ils ont été tirés de force ce matin. Voilà 6 mois que je vis à Nairobi, la capitale du Kenya avec ma tante, mon oncle et mes cousins et chaque safari provoque systématiquement le même état fébrile ; comme si la perspective d’être confrontée à la nature brute, sauvage et intacte exacerbait tous mes sens dès le démarrage du moteur de la jeep.

Ce safari promet d’être différent. Nous avons prévu de passer une nuit dans le village masaï d’Osotua qui avait accueilli Hélène Goiran 20 ans plus tôt. Cette française a été adoptée par la communauté masaï après son divorce français et la considérait comme l’une des leurs. Si bien qu’une des femmes du village lui avait offert son dernier-né, Moï…

Le périple

Malgré l’appellation de « highway », la route n’est constituée que d’une bande dans chaque sens ; c’est d’ailleurs la seule route goudronnée qui permet de relier les 500 km entre Nairobi et Mombasa à la côte. A mi-chemin, la Mombasa Road offre la possibilité de s’enfoncer en territoire masaï pour rejoindre la Tanzanie et c’est par là que nous nous sommes engagés. J’ai l’impression que toute l’Afrique s’est donné rendez-vous sur la route ce matin, mes mois d’expatriation ne m’avaient pas encore suffisamment familiarisée avec le trafic inimaginable du continent.

Que de trafic

Vitesse moyenne de 70 km/h, notre progression est souvent ralentie par une antiquité de camion, presque figé à 5km/h, moteur hurlant de l’effort à fournir pour gravir chaque dénivelé sillonnant le parcours. Les bus surchargés d’hommes, de femmes, d’enfants, de poulets et de chèvres sont également bien trop lourdement chargés que pour adopter une allure raisonnable.

Au bout de 9h de périple, une femme blanche se tient le long de la piste que nous suivions depuis 2 heures, les mains vissées sur ces hanches, scrutant la poussière volant derrière notre 4X4.

« Hélène Goiran », dit-elle en nous tendant une très ferme poignée de main. « Vous êtes arrivés suffisamment tôt, je vais vous montrer l’école ! ». Pas le temps de décharger nos petits sacs pour la nuit, les femmes du village se pressent autour de nous. Elles sont minces, altières et vêtues d’habits traditionnels rouges avec de multiples bijoux.

« Bonjour, je suis Monica, l’institutrice », dit une très jeune femme avec un aplomb surprenant. « J’espère que vos jambes ne sont pas trop fatiguées, nous avons un peu plus d’une heure de marche pour arriver à l’école ».

Je regarde mes petits cousins dont le cadet n’a que 9 ans. Il est déjà très intéressé par les enfants du village qui lui rendent bien son émerveillement. J’acquiesce, avec des compagnons de jeu, il va pouvoir marcher la distance.

La savane, cette dangereuse immensité

Deux femmes en plus de Monica nous accompagnent, ainsi que des enfants et deux jeunes Mauranes pour nous protéger. Jusqu’ici, je n’avais pas réalisé que je me trouvais à pied, vulnérable, dans la savane sauvage où fauves, éléphants et rhinocéros n’étaient pas nécessairement d’accord avec ma présence dans leur territoire…

Tous mes sens sont en alerte, l’air est sec et irrite un peu la gorge, le soleil est brûlant malgré l’heure avancée de l’après-midi. Je tousse légèrement, notre jeep a remué beaucoup de poussière que le faible taux d’humidité tarde à faire redescendre. Complètement émerveillée d’être dans cet endroit, mes yeux parcours le paysage à 360° et je ne fais pas directement attention à la direction que nous prenons avec le groupe.

Un rayon de savane

Notre progression est lente, cela fait longtemps que le village masaï a été laissé derrière nous et je m’intéresse un peu plus à notre itinéraire. Comment font ces femmes qui nous guident pour savoir où elles vont ? Il n’y a pas de route, pas de piste, juste la savane et sa terre brûlée !

Elles ont ri quand je leur ai posé la question. Tout se ressemble pour moi ! Elles connaissent leur savane par cœur ; chaque arbre, buisson et rocher indique le chemin effacé durant cette période sèche. Il est plus facile de se repérer lors qu’il pleut, les empreintes restent plus longtemps visibles dans la boue…

Une bien heureuse institutrice

Enfin, l’école est en vue. Ses 4 murs de béton et son toit en font la fierté de Monica.

« Elle est belle et grande notre école ! Elle rassemble tous les enfants à 10km à la ronde et elle est solide. Nous n’avons pas peur de la saison des pluies ici. Et j’ai des bancs pour installer tout le monde. »

« Elle est belle et grande notre école ! »

Elle est dans l’attente d’un tableau noir en provenant de Nairobi qu’Hélène a acheté avec les bénéfices recueillis des visites touristiques précédentes. Du matériel scolaire, des cahiers et des jeux pédagogiques doivent encore être achetés et une récolte de fond a été lancée à Paris par la fille d’Hélène lors de l’automne précédent. Monica est enthousiaste, pour une jeune institutrice comme elle, la responsabilité est grande. Mise à part Hélène, elle est une des rares femmes à avoir fait des études dans le village et elle est institutrice ; ce dont les peuples de la savane ont le plus besoin et une chance pour elle de pouvoir enseigner dans son école.

Malgré tout, l’école n’est constituée que d’une seule pièce et la visite est terminée en 10 minutes. S’amorce alors le chemin du retour et j’entends un des enfants raconter à mon petit cousin sa rencontre avec les éléphants. Il allait à l’école avec les jeunes du village lorsqu’ils se sont retrouvés face à un troupeau d’éléphants ! Il n’y a rien à faire, juste se cacher et attendre que les pachydermes daignent déplacer leur petit déjeuner d’une centaine de mètre afin que les enfants puissent continuer leur route… Monica rajoute que les retards sont fréquents à cause des éléphants mais que heureusement, aucun d’entre eux n’a été blessé récemment.

Saute, bel homme !

De retour au village, les hommes nous attendent de pied ferme. La tradition veut qu’un homme soit considéré comme attrayant par sa capacité à sauter. Toute une danse s’organise autour des sauteurs qui se projettent à tour de rôle le plus haut possible dans les airs. Bien vite, je remarque que les hommes les plus forts sont aussi le plus joliment parés de bijoux et de perles.

Les beaux massai

Hélène m’explique alors que ce sont les femmes qui confectionnent les bijoux pour les offrir aux hommes. Au plus un homme est garni, au plus il est beau. Et au plus il saute haut, au plus il est admirable et donc garni. C’est une bien drôle de coutume et surtout épuisante !

Le village se situe au pied du Kilimandjaro, le toit de l’Afrique, éblouissant avec ses neiges éternelles. Il parait qu’on peut en faire son ascension… D’où je le contemple, je ne peux imaginer de plus belle vue ni de plus authentique façon de l’admirer.

Chut! Les éléphants…

Le soleil d’équateur est fugace, à 19h30 il fait déjà nuit noire mais ses dernières lumières offrent un tableau époustouflant sur la montagne !

Le souper est servi peu de temps après autour du grand feu de bois au centre du village, de l’ugali, des épinards et des lentilles constituent le repas. Les nuits sont fraiches en savane et les femmes se regroupent près de la source de chaleur pendant que les hommes sécurisent le village avec des grosses branches d’acacias coupées. Elles constituent une barrière naturelle et efficace contre les prédateurs actifs durant la nuit. Je frissonne… En effet, je vais passer la nuit dans l’hostile savane. Quelle expérience !

La soirée se prolonge autour du feu, les uns répondent à nos questions sur leurs coutumes, les autres racontent l’enseignement des jeunes mauranes, les futurs guerriers de la tribu. Ils sont reconnaissables grâce à leur longue chevelure rouge ocre lorsqu’ils ne fréquentent pas l’école. Quelques mauranes sont dépourvus de cette parure, ils sont en internat dans un collège de la ville la plus proche. Les débats fusent sur la polygamie, le rite de tuer le lion pour être un vrai guerrier ; le choc des cultures est grand et la conversation très enrichissante ! Tant et si bien que je ne me rends pas compte que les hommes ont fini par se taire, ils écoutent.

Soudain, l’un d’eux m’ordonne de me taire. « Listen ! » me dit-il. Et là, je les entends…

Des éléphants passent non loin du village, leurs pattes font un bruit étouffé lorsqu’ils marchent et leur mastication résonne dans la savane. Ils sont à 20m, estime le guerrier ! On ne peut pas les voir, la nuit est noire et dangereuse… Tant que nous restons dans le village tranquille derrière les bush disposés au sol, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Je ne savais pas encore que ces instants allaient constituer un de mes meilleurs souvenirs du Kenya !

Au bout d’une heure, les éléphants s’éloignent, il est grand temps pour moi d’aller dormir. J’entraine mes cousins avec moi dans ma case. Une surprise m’y attend, il y a des lits pour nous trois avec une moustiquaire ! Hélène n’a jamais réussi à se faire à la tradition de dormir sur les nattes de sol. Elle a fait réaliser des sommiers pour elle et les visiteurs afin d’encourager leur venue au village. Quelle bonne idée ! Je rêve en effet de m’étendre sur ce matelas rembourré de paille tant la journée fut épuisante mais si intense … Je ferme les yeux, je pense déjà à demain. Il ne faut pas rater le lever du soleil sur le toit de l’Afrique, le spectacle vaut bien le sacrifice du réveil à l’aube tant les masaïs m’en ont décrit la beauté.

Mais ça, c’est une autre histoire…

Le lever du soleil sur le Kilimanjaro

One Reply to “Immersion en terre masaï : sur les traces d’Hélène Goiran”

  1. Alston says: 13 septembre 2019 at 16 h 28 min

    Hi, very nice website, cheers!

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