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Un réveil difficile

L’aspiration du vide dans notre dos est terrifiante…

Mont Batur, Kintamani, Bali, 3h30 heure locale. Une lueur vacille dans la nuit noire, se balançant au rythme des pas d’un homme qui surgit des ténèbres. Un balinais, petit sac sur le dos, baskets aux pieds, nous dévisage toutes les deux. Je ne voyage pas seule ces jours-ci, j’ai rencontré Audrey 2 semaines auparavant et voilà que je l’ai entrainée jusqu’ici pour cet homme-là. Il connait par cœur les flancs Mont Batur et j’avais promis à ma copine de voyage une ascension sensationnelle.

Notre guide nous évalue rapidement ; deux jeunes femmes emmitouflées allaient-elles vraiment savoir gravir les rochers jusqu’au sommet du volcan avant la horde de touristes venus en car ? Mentalement, il revoit son parcours et se remémore les liaisons possibles entre la falaise et le sentier balisé. En espérant qu’elles ne surestiment pas leur condition physique…

Petite attention fort appréciée par notre estomac étonné de l’heure, des bananes et du thé sortent du sac à dos de notre guide. L’excitation se mêle à la digestion, la frugalité de notre petit déjeuner nous convient particulièrement bien. Nous avons hâte de nous mettre en route.

Une lampe torche à la main, nous suivons notre guide sur le sentier invisible partant de la maison d’hôte où nous logeons pour la nuit en cours.

La veille, ce Mont Batur qui nous narguait, presque …

J’avais préféré faire la route de jour hier après-midi pour contempler la jungle plus sauvage plutôt que de rester à Ubud et prendre un car rempli d’autres touristes à une heure encore plus indécente que celle-ci. Pas que le réveil fusse un si grand problème mais l’avantage de la maison d’hôtes est justement le choix du guide et notre logeuse n’avait pas tari d’éloges à son sujet.

La crainte du guide

Sportives et un brin compétitives, Audrey et moi voulions une ascension digne de ce nom et, surtout, arriver parmi les premiers au sommet. En espérant ne pas nous être trompées sur la qualité de notre condition physique…

Jusqu’à notre arrivée à la maison d’hôte hier soir, nous ne savions pas qu’il existait 2 itinéraires d’ascension du volcan Batur. L’hôte nous avait alors expliqué que la plupart des touristes empruntaient le sentier large, balisé et sans difficulté pour arriver au sommet au lever du soleil bien qu’il faille monter environ 2h en continu. Un autre sentier existait, à flanc de falaise, sur les rochers et les éboulis. En aucun cas, il ne fallait s’y aventurer seul car aucun balisage n’existe et la montagne est encore plus dangereuse pour celui qui ne la connait pas. Difficile et rude, il ne tenait qu’à nous de choisir cet itinéraire-là… Peu de négociation avait été nécessaires hier soir pour décider que nous allions tenter l’alpinisme au lieu de la promenade. La nuit allait probablement nous aider à combattre la peur du vide.

Après 15 min de montée en pente douce depuis notre départ de la maison d’hôte, j’ai déjà chaud avec mon pull en polar bien qu’il ne devait pas faire plus de 13° cette nuit-ci. En bonne frileuse que je suis, je m’étais chargée de couches à superposer comme un véritable oignon, une technique infaillible que j’utilise aussi volontiers à cheval lors de mes chevauchées hivernales. Mais mon oignon commence à suer et il est temps de l’éplucher d’une couche pour pouvoir continuer sans se refroidir !

A l’embranchement, le guide s’arrête, nous fait déjà boire et repose son ultime question d’itinéraire. Une fois engagée sur la falaise, le retour en arrière n’est pas possible et il est assez compliqué bien qu’envisageable de rejoindre le sentier balisé. Nous acquiesçons, en avant pour la falaise !

La falaise et…le grand vide

Rapidement le sentier se transforme en piste à peine visible à la lueur de nos lampes torches et notre guide devient indispensable. Ses pas ouvrent le chemin et ses traces nous indiquent la bonne façon d’aborder les pierres qui se font de plus en plus nombreuses. La falaise se rapproche, la roche devient saillante, les rochers en marche d’escaliers. La véritable ascension peut enfin commencer…

J’exagèrerais si je vous parlais d’alpinisme, car je n’en ai jamais fait mais il a fallu que je m’aide de mes mains à certains endroits tout de même !

Nous avons l’impression d’avancer péniblement, les cuisses grognent déjà un peu et pourtant, voilà que nous rattrapons un groupe de trois jeunes hommes à l’air bien plus musclé qu’Audrey et moi ! J’hallucine, et eux aussi de se faire dépasser par un petit guide et 2 jeunes femmes à l’habillement moins technique que les leurs… L’ensemble est cocasse, un petit sentiment de confiance en nos capacités physiques s’installe bien qu’une première pause à flanc de falaise s’impose. Il ne fait pas très chaud, encore plus frais que dans la vallée mais nous transpirons assez. Mon cœur cogne dans ma poitrine, 5 minutes de récupération sans se refroidir sont bien nécessaires pour calmer sa chamade. Heureusement nous avions emporté suffisamment d’eau !

Le guide sort de son sac magique des barres de chocolat savoureuses, le sucre est l’élément essentiel pour arriver en haut en un seul morceau, nous dit-il. Indispensable ou non, le chocolat appâte toujours et la barre est vite descendue. Le guide ne nous presse pas, le plus dur reste à venir et nous avions gravi la première partie en un temps presque record.

C’est le froid qui nous fait finalement bouger pour partir à la conquête de ce qui va s’avérer être la portion la plus rude et la plus dangereuse de l’ascension. Les rochers sont des éboulis instables, le vide dans le dos nous aspire, les abdominaux sont crispés pour rester collé au volcan. De nombreuses pauses sont nécessaires pour reprendre notre souffle et vérifier que nos jambes nous portent encore. Une seconde barre de chocolat est salvatrice, je puisse depuis déjà quelques minutes dans mes maigres réserves, l’hypoglycémie me donne un peu le tournis. Nous dépassons encore deux autres groupes dont certains semblaient incertains quant à leur envie de gravir la suite. En les voyant, je m’étonne moi-même de ma résistance. Est-ce mes deux précédentes semaines de vagabondage qui m’ont endurcie ou est-ce cette capacité de détermination et d’acharnement qui m’aide aujourd’hui dans la nuit ?

Après une bonne heure d’ascension, nous arrivons au bout de la falaise et les versants se font plus amicaux. Notre sentier rejoint le chemin balisé emprunté par de nombreux touristes, bien que nous n’en croisions en réalité qu’une dizaine. Le guide, haletant, nous informe que nous sommes arrivés avec une heure d’avance sur le lever du soleil !

Une couverture et des toasts

Good morning Bali !

C’est qu’il va falloir attendre maintenant. Et c’est vrai qu’il ne fait pas chaud, le polaire et l’imperméable sont fort utiles… Il nous reste environ 20 minutes de marche pour arriver tout en haut, d’où nous pourrons voir le réveil du soleil.

Heureuses, exténuées et les jambes en feu, nous ne sont pourtant pas les premières au sommet mais le nombre de personnes arrivés avant nous est faible, nous laissant l’embarras du choix des places assises. Rapidement, le guide nous apporte une couverture pour nous emmitoufler, nous restons moites de transpiration.

Petite attention fort touristique mais bien appréciée est le petit déjeuner en haut du volcan avec un œuf cuit dur et des toasts à la banane tiédie à la vapeur du volcan. Un régal !

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